- Clément, c’est l ‘heure d’aller te coucher !
- Oh non, pas déjà ! répond le petit garçon en se mettant à courir autour de la table du salon.
Clément a 5 ans. Il va souvent passer la fin de semaine chez sa tatie. Il est toujours très sage, sauf quand Sylvie lui demande d’aller dormir.
- Regarde tatie, je cours comme une gazelle !
- Et moi je suis une lionne et je vais t’attraper pour te manger, lui dit-elle en se lançant à sa poursuite.
En quelques secondes, Sylvie le rattrape et lui fait plein de bisous dans le cou. Elle le prend dans ses bras et l’emmène dans sa chambre, où elle le dépose sur son lit.
- Je n’ai pas encore sommeil, se plaint Clément. Tu veux bien me raconter une de tes histoires ?
- Bien sûr ! Tu préfères « le Petit Poucet » ou « les trois petits cochons » ? lui demande-t-elle avec un sourire malicieux au coin des lèvres.
- Tu peux me raconter l’histoire des ours blancs qui vivaient sur la banquise ?
- Si tu veux, mais tu sais que c’est une histoire triste... Tu n’as pas peur de faire des cauchemars ?
- Non, s’il te plaît, raconte-la moi ! C’est vrai que quand tu avais mon âge, il y avait des ours blancs ?
Sylvie travaille pour une association de protection des animaux. Elle a voyagé dans de nombreux pays et a rencontré toutes sortes d’animaux. Elle a toujours de nombreuses histoires à raconter sur ses expéditions aux quatre coins du monde.
« C’était il y a longtemps... peut-être une vingtaine d’années. J’étais jeune et toi, tu n’étais même pas né. Je suis partie à la découverte du grand nord canadien, où les ours polaires, que l’on appelle également ours blancs, étaient particulièrement menacés. »

« Depuis que j’étais petite fille, j’entendais les journaux parler du réchauffement de la planète et de la pollution. Moi, je ne comprenais pas grand-chose à toutes ces histoires de grandes personnes. Tout ce que mes parents me disaient, c’est qu’au sommet de la Terre, il y a le pôle nord, l’Arctique. C’est un endroit où tout était recouvert de glace. C’est là que vivaient les phoques et les ours blancs. À cause de la pollution de nos voitures et des usines, la température de la Terre augmentait et la glace de l’Arctique se mettait à fondre. Au fur et à mesure, l’habitat des ours disparaissait. »
- Ça veut dire quoi « l’habitat des ours » ? l’interrompt Clément.
- L’habitat, c’est l’endroit dans lequel ils vivent. C’est la banquise : la glace qui recouvre le pôle nord. Les ours se nourrissaient de phoques. Mais pour pouvoir les chasser, ils devaient attendre que les phoques viennent respirer à la surface ou qu’ils sortent de l’eau pour se reposer sur la glace. Quand toute la banquise a disparu, les ours n’ont plus réussi à chasser. Beaucoup d’entre eux sont morts de faim. D’autres se sont noyés, ne pouvant plus remonter sur la glace, trop fragile pour supporter leur poids. En plus, les ours étaient bien trop affamés et faibles pour se reproduire. Malgré tous nos efforts pour les sauver, l’espèce a disparu rapidement, en quelques années.

- Alors, il n’y a plus aucun ours blanc sur la planète ? s’interroge Clément avec une boule dans la gorge.
- Il en reste encore quelques-uns qui ont réussi à survivre dans les terres du grand nord. Mais ils ont beaucoup de mal à trouver à manger et à trouver d’autres ours pour se reproduire.
- Tatie ? demande Clément en se retournant dans son lit, en serrant fort son ours en peluche.
- Oui ?
- Est-ce que tu crois qu’on arrivera à sauver les autres ours ? Je ne veux pas qu’ils disparaissent eux aussi !
- J’espère, Clément, lui répond-elle. Je suis sûre que tu m’aideras quand tu seras plus grand et qu’ensemble, on sauvera les ours bruns. Tu es encore trop petit pour que je t’emmène avec moi en voyage, mais je te promets qu’un jour, nous partirons ensemble sur leurs traces. Tu verras : observer des oursons qui jouent ensemble est un spectacle rare et très émouvant !
- Quand ? Je veux aller les voir maintenant avec toi ! Je ne veux pas attendre d’être grand. Et puis, j’ai cinq ans ! Je suis déjà un grand garçon !
- J’ai une idée ! Tu vas fermer les yeux dans ton lit, en serrant bien fort ton nounours. Quand tu dormiras, on se retrouvera ensemble au pays des ours.
Clément vient de s’endormir.
Sylvie se lève et lui dépose un baiser sur le front avant de quitter sa chambre. Elle s’arrête sur le pas de la porte pour le regarder dormir et murmure : « On les sauvera tes ours... je te le promets ! »
Auteur : Christophe CORET
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